Pour votre sécurité : continuité dialoguée du court-métrage




  • T'arrives en gare de Montparnasse alors?
  • Moui...
  • Mais, t'as prévu d'y aller avec des bagages?
  • Baah...Oui. J'vais pas venir sans rien quand même.
  • Non mais est-ce que t'as pensé aux portes automatiques?
  • J'vois pas le rapport avec les bagages.
  • On peut pas se permettre d'être chargé, ils font tout pour pas que n'importe qui entre.
  • Ah bon... Mais...tout le monde est chargé dans les gares.
  • Écoute, on va pas laisser entrer n'importe qui sous prétexte que ça gêne tout le monde.
  • Ah bon... Alors plus personne ne passe. Même si on est pas n'importe qui.




  • Tu sais, tu devrais pas mettre de cadenas sur ta valise... On pourrait forcer la serrure.
  • Euh oui... Mais alors sans cadenas c'est sûr qu'y'aura même pas besoin de forcer la serrure pour se servir.
  • Ah non mais ça n'a rien à voir avec les voleurs! C'est pour la sécurité.
  • Ah bon? Qu'est-ce qu'elle a la sécurité?
  • Ben il lui faut une étiquette. Et pas un cadenas.
  • Un cadenas c'est quand même plus solide qu'une étiquette...
  • Une valise avec un cadenas et pas d'étiquette, ça fait terroriste.
  • Ah bon. Ça met pas d'étiquette un terroriste?
  • Bah! Il faut pouvoir écrire un nom sur l'étiquette!
  • Ah... et ils savent pas écrire les terroristes. Ou bien ils ont pas de nom?
    De toute façon, si un terroriste veut faire exploser une valise, le meilleur moyen d'y arriver c'est de pas mettre d'étiquette dessus. Comme ça, c'est la sécurité elle-même qui s'en charge, en commençant par le cadenas.



  • Bon, on va te poser des questions à l'aéroport : « Avez-vous préparé vos bagages tout seul? »
  • C'est grave si je les ai préparé avec toi?
  • Peut-être.
    « Sont-ils restés avec vous tout le temps? »
    « Venez-vous pour affaire ou pour tourisme? »
  • Mais, c'est quand même pas le moment de raconter ma vie : j'ai un avion à prendre.
  • De toute manière, avant, 'faut que tu remplisses un formulaire. C'est des questions, t'as le choix : soit tu coches « oui », soit tu coches « non ». Mais si tu coches « oui », on te laisse pas passer.
  • Je coche « non » alors?
  • Bah oui. Sauf si t'as pas envie de passer.
  • Mais ça sert à rien de remplir le formulaire alors...



  • Surtout, pour passer, il faut pas que tu sonnes.
  • Que mon téléphone sonne?
  • Non, que toi tu sonnes, avec tout ce que t'as sur toi.
  • Ben j'ai que mon téléphone sur moi qui peut sonner.
  • Mais non, là-bas y'a plein de choses qui sonnent.
  • Ah bon. Faut les éteindre alors?
  • Ah non, ça s'éteint pas.
  • Ah bon? Faut pas sonner mais on peut rien éteindre ça devient compliqué!
  • L'important c'est ce que tu dégages : tu dois être « d'humeur égale et coopérative ».
  • Ah bon...

[Les « choses qui sonnent » font référence aux portillons de sécurité. A l'image, un personnage doit se dévêtir complètement pour pouvoir passer les portillons sans qu'une sonnerie assourdissante ne retentisse.]



  • T'as quand même le droit d'apporter certaines choses avec toi. 'faut juste qu'elles soient...maîtrisées.
    Déjà, tu prends un sac plastique. Transparent. Et fermé. Après, tu mets tes bouteilles et tes flacons dedans.
  • 'faut que je le rouvre alors.
  • Oui.
    Ça doit pas faire plus de « 3 onces liquides ».
  • C'est comment une once liquide?
  • C'est 90cm cube.
  • Ah.
    ...C'est comment 90cm cube?
  • Je sais pas. Mais ton sac il doit être d'une capacité d'un quart de gallon, soit... 0,946L.
  • Je comprends rien. [A partir de cette réplique, nous voyons enfin à l'écran les deux personnes qui dialoguent.]
  • Mais si, regarde.
    [une grille s'abat de manière aussi improbable que soudaine devant le personnage qui se retrouve en cage]
  • Ah! Mais pourquoi?! Qu'est-ce que c'est?!
  • C'est « pour votre sécurité ». 


    Images et Texte : Armelle Renac, 2010